lundi 4 décembre 2017

La propagande au sujet d'une pénurie de main-d'œuvre dans l'industrie du camionnage

Ça fait un bout de temps que je n'ai pas publié, et bien aujourd'hui c'est le texte de M. Normand Chouinard, routier, que je publie. M. Chouinard exprime très bien ce que je n'ai cessé de dire au fils des ans. 

J'ose espéré que les chauffeurs, camionneurs, routiers, conducteurs prendrons enfin le temps de lire ce texte et prendrons aussi le temps de bien réfléchir a la situation dans l'industrie et de prendre le vrais moyens pour ce sortir de ce bourbier.

Bonne lecture!


La propagande au sujet d'une pénurie de main-d'œuvre dans l'industrie du camionnage.

Les camionneurs discutent de la nécessité de s'organiser à la défense de leurs droits dans toutes les conditions - par Normand Chouinard -

Une grande illusion est propagée au sein du mouvement pour la défense des droits des camionneurs au Québec et au Canada. Les grands employeurs et les médias parlent abondamment d'une pénurie de main d'œuvre qui existerait dans le secteur.

Cela, semble-t-il, va forcer les grandes entreprises de transport à améliorer les conditions de travail des camionneurs parce que le déséquilibre entre l'offre et la demande va les favoriser. 

Dans ce scénario inventé, la lutte organisée des camionneurs pour la défense de leurs droits, de leur dignité et pour une nouvelle direction pro-sociale de leur industrie ne serait plus nécessaire.

Cette illusion qui vise à paralyser les camionneurs est d'autant plus dangereuse que non seulement elle cherche à faire croire aux camionneurs que les changements vont se faire naturellement, via l'offre et la demande, mais que ceux qui sont en position de contrôle à tous les niveaux et qui sont responsables des crises et des problèmes récurrents vont changer magiquement et de leur propre chef leur conception et leurs façons de faire.

Un conte de fées nous est servi à l'effet que les conditions d'une pénurie de main-d'œuvre vont pousser les grandes compagnies à s'adapter et à trouver des solutions nouvelles qui vont bénéficier aux travailleurs, sans que ceux-ci aient à lever le petit doigt pour s'organiser et mener des actions avec analyse pour défendre leurs droits.[1]

Au contraire, au milieu de grandes transformation technologiques et de bouleversements dans l'ensemble des industries du transport et de la création de grands corridors de commerce et de voies de transport, la situation exige vigilance et clairvoyance.

Le besoin d'organisation et de pensées indépendantes de la part des camionneurs n'a jamais été si grand ou plus urgent. La tâche de défendre leurs droits revient aux camionneurs et camionneuses eux-mêmes. 

Aucun remède ne viendra des Dieux de la Peste. 

Jamais une quelconque pénurie de main-d'œuvre qui a pu se produire dans le transport ou ailleurs dans l'économie n'a freiné la détérioration des conditions de travail des camionneurs et les attaques contre leurs droits.

Aucun déséquilibre, réel ou imaginaire, entre l'offre et la demande n'a poussé les cercles dirigeants de l'industrie à adapter leur comportement dans un sens qui favorise les intérêts de la classe ouvrière.

Ils trouvent toujours des façons de défendre leurs propres intérêts. La préoccupation de ceux qui sont aux postes de contrôle est toujours de rendre les conditions favorables à leurs propres intérêts privés étroits.

Certains font mention d'améliorations spécifiques ou temporaires qui se sont produites mais celles-ci ont toujours été le résultat de l'insistance des camionneurs.

Dans l'ensemble, la situation générale des camionneurs s'est profondément détériorée. 

Les conditions concrètes ont poussé les camionneurs à demander une augmentation immédiate de leurs salaires et une amélioration immédiate de leurs conditions de travail de même que la reconnaissance effective de leur métier en tant que métier d'importance nationale, afin d'assurer leur sécurité, celle des nouveaux chauffeurs à venir et celle du public.

L'exemple des camionneurs intermodaux aux États-Unis. 

Le cas des camionneurs intermodaux aux États-Unis est significatif du genre de main-d'œuvre qui est en train d'être créée dans le camionnage.

USA Today a publié récemment un reportage sur les conditions de travail qui prévalent pour une grande majorité des camionneurs intermodaux affectés au transport de conteneurs au Port de Los Angeles et de Long Beach. [2]

L'article révèle que les chauffeurs immigrants sont forcés de signer des contrats exclusifs avec des entreprises de transport affectées au transport de conteneurs.

Les contrats déterminent littéralement tous les aspects de la vie de ces camionneurs, comme s'ils étaient des esclaves. 

Plusieurs chauffeurs se voient forcés de s'endetter pour acquérir un camion qui correspond aux exigences environnementales de l'État de Californie.

Ensuite les compagnies de transport utilisent leurs dettes comme un moyen de coercition et enferment les chauffeurs dans des arrangements qui les laissent totalement impuissants en ce qui a trait à leurs conditions de travail et de vie.

S'ils quittent leur emploi, ils perdent leurs camions et leur moyen de subsistance mais pas leur dette.

S'ils sont malades ou s'absentent par fatigue ou raison familiale, ils peuvent se faire renvoyer et perdre également leurs camions.

Plusieurs chauffeurs se voient forcés de payer pour des frais qui habituellement sont la responsabilité des employeurs et finissent par travailler sans pouvoir faire quelque réclamation que ce soit à la valeur qu'ils produisent.

Ils doivent parfois de l'argent à leur employeur et ce malgré des journées de travail de plus de 15 heures.

Des centaines d'accidents se produisent à cause de ces conditions de travail. 

Plus de 40 chauffeurs sont décédés ces dernières années suite à des accidents de travail dans ces deux ports seulement.

Ces conditions nous rappellent les villes de compagnies d'acier et de charbon dont parle la chanson « Seize tonnes » où les travailleurs étaient obligés d'acheter de la compagnie tout ce dont ils avaient besoin.

Ils lui redonnaient leur salaire et même plus. Parfois leurs salaires étaient payés en bons d'achat valables uniquement dans les magasins de la compagnie.

C'est seulement le travail d'organisation et les luttes syndicales qui ont mis fin à ces pratiques anti-ouvrières inhumaines.

Voici une citation du reportage qui est intéressante. « L'éminent leader des droits civiques Julian Bond a appelé les camionneurs portuaires californiens les nouveaux fermiers noirs du Sud de l'après-guerre civile. 

Les fermiers de cette époque louaient des terres agricoles pour gagner leur vie et s'endettaient régulièrement auprès de leurs propriétaires. 

Les pratiques prédatrices répandues ont rendu presque impossible aux fermiers de se sortir de leur situation. »

L'intimidation et la culture de la peur n'ont pas empêché par contre plus de 1000 chauffeurs de porter plainte depuis 2010 dans cet État.

La lutte de ces camionneurs intermodaux, qui ont décidé de parler ouvertement de ce qui se passe, a finalement créé une brèche dans l'opinion publique.

La révélation des conditions qu'ils vivent a amené les travailleurs d'autres secteurs de l'économie et l'opinion publique en général à forcer de grands monopoles de distribution comme Costco, Wal-Mart et Target à annuler certaines livraisons de conteneurs provenant du réseau d'entreprises de transport en question.

La lutte des camionneurs et leur détermination ont brisé le silence et créé une situation où même les médias de masse ne peuvent pas nier que ces conditions rétrogrades existent et doivent cesser.

Seule la résistance organisée des camionneurs va décider si ces pratiques inhumaines vont être éliminées au Canada et aux États-Unis.

Les travailleurs du transport doivent continuer de briser le silence eux-mêmes sur les conditions dans leurs propres secteurs et de mener leurs propres batailles.

Cette lutte pour leurs droits et pour humaniser leurs endroits de travail s'unit à la lutte de tous ceux qui se battent pour leurs droits.

Une lutte organisée et déterminée peut stopper cette descente en spirale des conditions de travail et créer une main-d'œuvre qui effectue le travail mais qui est fière de le faire et déterminée à le faire seulement si ses droits sont reconnus et respectés dans un environnement humain.

Ceux qui propagent l'illusion dans le mouvement des camionneurs que la pénurie de travailleurs et des propriétaires accommodants vont changer les conditions pour le mieux veulent paralyser les camionneurs et faire cesser leur travail d'organisation et leurs luttes à la défense de leurs droits.

N'oublions pas qu'il y a une chose qui ne change pas: les travailleurs peuvent compter seulement sur eux-mêmes, organisés dans leurs collectifs, pour se défendre et défendre leurs droits.

Les cercles dirigeants vont essayer de créer de la panique, pénurie de main-d'œuvre ou non. Leurs appels généralisés à la main-d'œuvre étrangère pour gonfler le bassin des travailleurs nous montre seulement qu'ils détestent ce qu'ils appellent le « plein emploi » parce que celui-ci leur enlèverait une arme de plus dans la guerre qu'ils mènent pour exploiter la classe ouvrière.

La répétition ad nauseam d'une propagande au sujet d'une pénurie de main-d'œuvre qui viendrait freiner la croissance économique a été menée de pair avec l'édification d'un système esclavagiste de camionneurs intermodaux en Californie qui est maintenant dévoilé.

Et ce serait sur eux que l'on devrait compter pour trouver des solutions à nos problèmes et défendre nos droits ?

Certainement pas !

De nombreux camionneurs refusent de tomber dans ce piège de l'anti-conscience qui a été tendu pour nous piéger et nous paralyser.

Nous devons bâtir et renforcer nos propres organisations et nous en servir pour développer notre propre pensée, notre propre logique et nos analyses et nos luttes afin d'avancer d'un pas ferme vers une nouvelle direction de l'industrie et ainsi contribuer, en tant que contingent de la classe ouvrière, à ouvrir les portes au progrès de la société.

Note 1.

Pour les camionneurs, cette soi-disant pénurie de main-d'œuvre est une véritable insulte et une arme à double tranchant.

Quand il n'y a pas de pénurie, la concurrence accrue pour les emplois disponibles abaisse les salaires et les conditions de travail.

Les camionneurs se voient forcés de travailler plus fort sans que leur bien-être personnel soit assuré ou ils risquent de perdre leur emploi.

Puis, dans une situation de « pénurie » de travailleurs, les transporteurs augmentent la pression sur eux et leur disent de travailler plus fort et plus vite à cause de la « pénurie ».

D'une manière ou d'une autre, ce sont les travailleurs qui paient le prix à moins qu'ils organisent et résistent.

Note 2.


« Forced into debt. Worked past exhaustion. Left with nothing » par Brett Murphy. Édition du 16 juin 2017 du USA Today.

N'oubliez pas; "Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin"

Fraternellement,
Richard Corbeil
Ancien Routier Professionnel
Journalier-Cariste
Blogueur
Indépendantiste
Syndicaliste
Secrétaire-trésorier UNIFOR sl 636Q
RP CSS
RL FSFTQ
Ancien membre: Teamsters 931, Métallos 7625, UES-800, FTQ 791, B.A.S.I.C.

UNIS NOUS VAINCRONS, DIVISÉ NOUS PERDRONS!

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